Le langage à l’école maternelle

par Corine do Nascimento

Le langage à l’école maternelle
 
Introduction :
 
Développer des pratiques enseignantes adaptées, tant au niveau de la pédagogie que des gestes.
 
A l’école maternelle, il faut construire la représentation des familles sur l’école et le projet d’écolier.
 
Rôle fondamental de l’école maternelle :
 
Les programmes de l’école maternelle ont peu changé par rapport aux précédents, mais les équipes enseignantes ont des décisions à prendre pour organiser l’emploi du temps, articuler les apprentissages (dans les 5 domaines) et organiser l’espace.
 
A partir de l’école maternelle sont institués le rapport spécifique au savoir ainsi que le projet scolaire de l’élève.
 
Eléments clés :
 

o Réussir 
o Penser 
o Réfléchir
o Organiser son savoir 
o Faire des liens
o catégoriser 
 
 
Les élèves rencontrant des difficultés ont des représentations erronées de leur rapport au savoir.
" C’est pourquoi l’école maternelle joue un rôle déterminant : elle est chargée d’instaurer un rapport positif au savoir et aux institutions.
 
L’outil indispensable pour arriver à ce résultat est essentiellement L’ORAL. L’écrit vient en second plan (listes, affichages, imagiers…).
 
L’oral doit donc être la première préoccupation de l’enseignant d’école maternelle.
 
Constat : Le fonctionnement du langage chez l’enfant est différent du mode de fonctionnement de l’adulte. La mission de l’école maternelle est d’accompagner les élèves au niveau du langage pendant 3 ans. Comment faire parler, enrichir, développer le langage, construire la syntaxe.
 
Le langage ne se développe que s’il est provoqué par des locuteurs qui vont permettre à un tiers de s’installer comme sujet parlant.
Plus on parle à un bébé plus on permet au langage de se développer.
Pour qu’un enfant apprenne à parler, l’intervention d’un "tiers parlant" est nécessaire, sinon l’enfant va entrer dans la communication non-verbale.
Est-ce qu’à l’école nous instituons l’enfant d’emblée comme sujet parlant ?
Sommes-nous toujours le tiers, locuteur parlant qui va offrir à l’enfant suffisamment d’appui et de sécurité pour
Offrons-nous à l’enfant suffisamment d’opportunités, de moments d’échanges langagiers pour lui permettre de structurer sa pensée et d’entrer dans les apprentissages langagiers ?
 
Inventaire des questions et problèmes que les enseignants rencontrent concernant l’oral à l’école maternelle :
 
    1. Gestion de la classe. En individuel, un élève doit avoir en moyenne 10 minutes de temps de parole par jour. Ce qui pose le problème de l’autonomie des autres. Collectif ou individuel "Question de l’emploi du temps. Comment j’organise mon emploi du temps pour avoir un moment de langage chaque jour ?
    2. Décalage entre ceux qui prennent beaucoup la parole et ceux qui ne parlent jamais ? Comment gérer l’hétérogénéité ? Comment faire avec les enfants non francophones ?"le problème ne vient pas de la langue étrangère. Soit les enfants viennent d’un milieu ou l’apprentissage de la langue française est bloqué, soit ils ont déjà des problèmes de langage dans leur langue maternelle, ce qui fait obstacle à l’apprentissage du français. C’est aussi une question de pratique : comment je fais ? Comment je m’y prends ?
    3. Comment travailler le lexique ?
    4. Comment évaluer à l’oral ?
    5. Comment créer des moments de langage chaque jour.
    6. Comment provoquer le langage oral avec les enfants mutiques ?
    7. Quelle est la place de l’enseignant durant les échanges oraux ?
    8. Temps de parole de l’enseignant.
    9. Comment gérer les enfants qui ne parlent pas à bon escient ("hors sujet") ? " Problème d’organisation de la vie scolaire. Il y a plusieurs modalités d’organisation les moments individuels, informels, les petits groupes formalisés et les moments de regroupement.
    10. Comment passer progressivement du langage de situation au langage d’évocation ? "Quelle progression envisager pour passer du langage en contexte au langage d’évocation ? Comment construire des situations qui vont permettre aux enfants de se projeter ? Si l’enfant ne parvient pas à se projeter il n’y a pas de langage d’évocation. Pour cela il faut un projet. C’est une question de pratiques pédagogiques et d’outils. Il faut des expériences en commun, très fortes et des outils comme les images, les photos... Comment installer chez les élèves un langage de structuration de la pensée qui va permettre de stabiliser les acquis ?
 
Objectif : balayer les problèmes qui se posent du point de vue de la pratique pédagogique
 
· En matière de langage on n’obtiendra aucun progrès si on procède par empilation (apprendre des listes de mots n’a aucun sens pour les enfants). Tous les chercheurs le disent. Il faut partir du langage des enfants en relation avec les questions, les projets, la vie de la classe et chaque fois qu’un nouveau mot ou une nouvelle structure syntaxique sont découverts, ils doivent être rattachés au "déjà là" du langage de l’enfant. Il faut également que ce soit mis en parallèle avec le vécu de la classe. Ex. Si on fait une séquence sur le goût (sentir, toucher, voir, goûter,…). Là un lexique va s’installer. Tout travail langagier s’opère par du vécu ; un vécu long, expérimental. Tout passe par l’expérience sensible : le vivre, l’écrire, le regarder, le parler, le mettre en mots, l’utiliser, le conserver… Il faut toujours partir de l’expérience sensible des choses. Ensuite on met des mots sur les choses.
Par exemple : pour une séance autour de la découverte des fruits. Commencer par organiser une séance de découverte en petit groupe avec des fruits en abondance et on les regarde, on les touche, on les sent, on les goûte… Ensuite on pourra en parler.
 
· La structure syntaxique : il faut partir des structures existantes. L’enfant qui dit : "Vélo !", pour faire comprendre qu’il veut le vélo. La première entrée langagière s’est désigner, nommer. Donc des mots phrases.
Viennent ensuite les verbes. Donc après le nom il faut travailler l’apparition du verbe. Pas tout de suite passer à la phrase entière. On fait apparaître le "je" en le faisant fonctionner dans des moments de communication duelle. En utilisant soi-même le "je" et non pas en faisant dire "je veux le vélo". Car en le disant on introduit de la confusion dans l’esprit de l’enfant car pour lui "je" c’est celui qui le dit et non pas lui. Un autre moyen c’est la littérature de jeunesse. Ou encore la production d’écrit par dictée à l’adulte, en proposant la formulation la plus proche de l’oral de l’enfant. Ex : "Moi i banc", donnerait : "je suis sur le banc."
 
· La littérature de jeunesse : dans la littérature on va trouver des formulations syntaxiques qu’on n’utilise pas à l’oral, mais qui sont totalement adaptées aux enfants. Ces livres permettent d’aborder un autre équipement syntaxique qui va amener les enfants vers la particularité des deux langues (orale et écrite) et vers l’implicite. Ce qui va permettre également d’entrer dans le langage d’évocation.
 
· Beaucoup de mots sont polysémiques. Il faudra donc proposer des situations qui introduisent en classe la polysémie des mots.
 
Comment travailler le langage et le lexique en classe ? Il va falloir introduire l’idée que chaque mot de la phrase n’a de sens qu’avec celui d’avant et celui d’après. Il va falloir que les enfants (dictée à l’adulte, commentaire d’images, littérature de jeunesse) comprennent que si j’écris : "je suis en train de tomber", ce n’est pas la même chose que si je dis "Alexis tombe du banc". Les mots, les phrases n’ont de sens que dans leur contexte.
Amener les élèves à faire des inférences, pour réorganiser le sens des mots dans un phrase pour en percevoir le sens global : c’est l’axe horizontal (les différents mots de la phrase).
Exemple : "Le petit chat blanc boit son bol de lait fumant en courant. Aïe !"
Inférences à faire : "bol fumant"" lait chaud
 "aïe" " le chat s’est brûlé
L’axe vertical concerne la catégorisation (mots qui permettent de catégoriser, de contextualiser…). Différence entre langage et langue. Le langage renvoie à l’aptitude à parler, tandis que la langue renvoie à une organisation linguistique, à la catégorisation grammaticale.
 
· Le langage en contexte : Première famille d’objectifs = nommer/désigner. Il faudra le faire fonctionner dans les 5 domaines d’apprentissage (qualifier les attitudes, nommer les objets…). On est dans le lexique, mais on va aussi commencer à catégoriser (mettre ensemble les mots qui disent s’il y en a un ou plusieurs, les mots qui disent ce qu’on fait…). Deuxième famille d’objectifs = décrire. Après avoir travaillé en petits groupes à partir d’un lexique préalablement offert, on peut arriver à faire produire de courts énoncés aux enfants les plus mutiques. Enjeu lexical, mais qui nécessite un minimum de syntaxe. Il faut également décrire des organisations, des mises en œuvre, des modalités. C’est un début de structuration de la pensée. Troisième famille d’objectifs = Comparer : les jeux, les quantités, les manières de faire, les productions, les durées, les tailles, les formes, les couleurs… c’est-à-dire mettre en relation deux objets du monde et produire un discours sur eux. C’est aussi une émergence de langage. Peu à peu on arrive à la sériation. Par ex. on donne des jouets en pagaille aux enfants et on leur demande de les ranger, sans leur donner, ni induire de critères de rangement. Souvent ils vont faire des tas organisés. Il faudra ensuite qu’ils discutent de ce qu’ils ont fait. Ce qui va permettre de produire des situations de langage. Quatrième famille d’objectifs = Donner des consignes, des ordres. C’est la capacité à produire des émissions langagières organisées avec pour objectif de produire des actions, puis des effets sur le monde. Il est fondamental que les enfants se confrontent à ce type de situations langagières.
 
· Le langage décontextualisé : N’existe pas ou peu à la maison.
 
Conditions propices organisées par l’enseignant pour aider à entrer dans la production de langage décontextualisé :
 
1. La parole du maître : rappel verbal, rappel de la séance précédente en sport, rappel des différentes étapes d’un travail jusqu’au moment où on en est, les substituts (pour garder les enfants dans le propos)… L’embrayeur peut être l’enfant (il nous rappel où on en est), mais c’est l’enseignant qui va remettre les enfants au cœur de l’action en leur disant ce qu’ils vont faire en attirant leur attention par l’utilisation de mots "accrocheurs".
2. Les supports visuels : Pour aider les élèves.
3. La communication avec l’extérieur : S’adresser à un destinataire extérieur pour donner du sens.
 
Cinq familles de compétences en jeu : 1) justification/explication : Les enfants disent et l’enseignant reformule en restant le plus fidèle possible à l’énoncé de l’enfant, valide la parole, la comprend et rassure. 2) Interprétation : la littérature de jeunesse (c’est toujours plus facile de parler des autres que de soi). Evoquer les émotions, les actions, les mettre en mots, faire des hypothèses (fonction expressive difficile). 3)Dessiner/représenter : la représentation va être l’ouverture à la capacité de relater, raconter. 4) Relater/raconter  : être capable d’organiser l’axe du temps et d’organiser des évènements vécus sur cet axe. 5) Anticiper : sur du vécu à vivre (préparer une sortie, un projet, anticiper une action, anticiper des stratégies, un comportement…).
 
A chaque fois, l’enseignant valide, stabilise, encourage la parole de l’enfant en montrant qu’il a compris et surtout l’enseignant reformule.
 
Il faudra organiser les compétences détaillées ci-dessus en conseil des maîtres et les programmer sur les 3 années d’école maternelle puis décliner la programmation en progression sur une année scolaire.
 
· Les outils de stabilisation langagière, notamment lexicale : Commencer par prendre appui sur les programmes (grilles repères). Les imagiers (il faut en avoir et les faire fonctionner). Il faut avoir des imagiers de classe à partir des activités/projets de classe, qui seront des outils de référence langagiers. Les dictionnaires, boîtes à trésors de la classe qui vont changer par projet ou par module d’apprentissage. Qu’on trouve en grand modèle pour la classe puis à la fin du projet on a un modèle réduit qui va dans le classeur ou cahier de vie ou imagier personnel de l’enfant. Le maître doit montrer à l’enfant comment utiliser ces outils de référence. Proposer régulièrement aux enfants des activités de catégorisation. C’est l’outil fondamental pour entrer dans la structuration...
 
· Comment faire pour mettre en œuvre des activités langagières porteuses d’apprentissage ? Deux entrées possibles : entrée de gestion ou entrée de prise de parole
Entrée de gestion : installer une relation pédagogique qui prenne en compte la parole de l’élève. C’est-à-dire une relation ou la parole du maître n’est pas omniprésente. Si le maître parle, les enfants écoutent, donc ne parlent pas. Il faut donc leur laisser de la place pour parler. Il faut en classe instituer l’enfant comme sujet parlant, locuteur. C’est sur ce point qu’il faut travailler, car c’est ça qui va lui permettre de parler (efficace avec les "petits parleurs"). Ca passe par des moments qui sont le plus proche possible de ce qui se passe en dehors de la maison = les "coins jeux". En PS, il faut commencer par évaluer où en est chacun des enfants de la classe en matière de langage. Ensuite, l’enseignant organisera des ateliers et coins jeux qui permettent à chacun de développer son langage " mois de septembre
Les moments informels où se passent beaucoup de choses : les toilettes et l’habillage/déshabillage. Il faut y passer du temps. Qui parle ? Quand ? Comment ? Dans quelle situation ? Tous ces temps d’observation vont permettre à l’enseignant de catégoriser les enfants en fonction de leur niveau de langage et donc d’organiser des activités et des groupes appropriés. Faire des groupes hétérogènes sans grand écart entre les enfants.
Les enfants qui sont "hors sujet" : témoignent soit d’une angoisse (je parle de quelque chose qui ne me met pas en difficulté) ou problème.
Entrée de prise de parole :
 
· L’oral du maître : On ne reprend jamais l’enfant (même quand il a des problèmes de prononciation), on reformule. Valider par la compréhension, reformuler, expliquer (en grand groupe, en petits groupes ou en interaction duelle). Quand un enfant a des problèmes de prononciation ça ne sert à rien de le faire répéter, surtout en grand groupe. On passe par des moyens de contournement (ex. écoute comment je dis. Tu sais le faire toi ?).
Utiliser le non verbal pour que les non parleurs prennent la parole : les gestes, regard, mouvements de tête… Laisser le silence s’installer. En moment de langage, on propose quelque chose et on attend que les enfants parlent (situation porteuse : images, photo…l’enseignant à attiré l’attention des élèves…). Etre bref dans ses explications. Soutenir la parole de l’enfant. Soutenir l’écoute (repartir si on sent que c’est possible ou arrêter et partir sur autre chose). Soutenir la pensée de l’enfant (expliquer aux enfants ce qu’ils doivent faire et ce qu’on attend d’eux). Les recadrer régulièrement si c’est possible. Sinon on repart à partir de ce que produisent les enfants.
Accepter les énoncés sans rapport immédiat ("hors sujet"). Il faut toujours accueillir la parole de l’enfant de manière positive et surtout pas c’est pas le moment.
 
L’explicite. Verbaliser ce qu’on fait, comment on va s’y prendre, quand on aura terminé…= contrat didactique.
Réguler : continuer, réorganiser, arrêter, partir sur autre chose, étayages de relance…
 
Piste : emploi du temps organisé par domaines d’apprentissage (découverte du monde…).