Enseigner l’oral à l’école maternelle

STIL Prévenir la difficulté à l’école maternelle mai 09

Diaporama de M. André Ouzoulias et compte rendu de la journée de stage : enseigner l’oral à l’école maternelle

 

Enseigner l’oral à l’école maternelle

STIL Prévenir la difficulté à l’école maternelle Argenteuil Sud 2009

Intervention d’André Ouzoulias

 

Objectif du ministre : diviser par trois le nombre d’élèves qui arrivent avec des difficultés importantes à l’entrée en 6ème. Le problème majeur de ces élèves est la lecture, ces difficultés durent en général depuis le CP et se traduisent par une grande difficulté à comprendre le langage écrit entendu, c’est à dire un manque d’équipements concernant le langage oral.

 

  • La langue peut s’apprendre et peut s’enseigner à l’école avec des enfants réunis en groupe

 

  • Si on connait mieux les mécanismes de la langue, on peut évaluer précisément les acquis des enfants et mieux intervenir sur les difficultés spécifiques

 

Quelques principes :

 

  • Il faudrait identifier les pratiques les plus efficaces pour développer la maîtrise du langage oral ; l’effet maître et l’effet classe sont énormes dans la maîtrise du langage oral. Les enfants des milieux populaires sont les plus en risque d’échec et il est donc déterminant de développer les pratiques les plus efficaces

 

  • L’insuffisante expérience des enfants qui se trouvent en échec à l’entrée au CP, concernant la langue écrite, semble une cause importante : beaucoup d’enfants ont été mis en situation de décoder de l’écrit alors que leur expérience de la langue écrite est insuffisante pour leur permettre de comprendre le système de la langue.

 

  • Dans la prévention de la difficulté, l’école maternelle joue un rôle absolument déterminant : améliorer le langage oral, rendre l’enseignement plus efficace, rendre plus efficiente la compréhension du système de la langue écrite. Il faut faire la preuve qu’il y a des apprentissages à l’école maternelle et que ces apprentissages sont déterminants pour la réussite future des élèves.

 

 

Que faut-il travailler  ?

 

Voir les travaux de P. Boisseau, le site LEM Soissons, « Enseigner la langue orale en maternelle » Boisseau Retz

Pédagogie du langage chez les 3 ans, les 4 ans les 5 ans CRDP ROUEN

 

Deux modalités de la langue :

 

La langue française dans sa forme orale et la langue française dans sa forme écrite. Ces deux modalités fonctionnent pour ce qu’elles sont, en fonction de leur contexte et il ne faut pas trop plaquer le fonctionnement de l’écrit sur la langue orale, au risque d’exclure les élèves les plus fragiles de la compréhension des énoncés.

 

Ex : Si je m’exprime comme un conteur

 

« La petite poule rousse, elle ferme bien la porte pour que le renard ne rentre pas. »

 

Les deux informations importantes sont données à la fin. Croire que cette forme orale est relâchée est faux. Si on le croit, ça risque d’entraver l’apprentissage de la langue orale.

Alors, faut-il poser une hiérarchie entre ces deux langues ? Faut-il enseigner l’oral avec les formes de l’écrit ? Certes non ; il n’y a pas de hiérarchie. Une bonne formation est celle qui associe une approche de la langue écrite avec ses spécificités (voir l’utilisation de la dictée à l’adulte pour s’emparer des spécificités de la langue écrite et la présentation à l’oral de textes de l’écrit) et un enseignement de la langue orale qui n’est pas un écrit oralisé.

A cet égard, dire des textes venant de la syntaxe de l’écrit ne permet pas aux enfants les plus démunis de progresser à l’oral ; il est même discriminant car seuls les enfants qui ont une expérience de ces textes de l’écrit comprennent bien et progressent. Les enfants des milieux populaires qui n’ont peut-être pas cette possibilité d’entendre à la maison des textes de l’écrit ne comprennent pas la langue de l’école.

 

  1. La complexité

Les observations de P. Boisseau montrent que la phrase canonique apparait spontanément à l’oral de façon progressive vers la classe de 5ème. Si on l’emploie trop précocement, cela gène la complexité syntaxique (en particulier après « pour que, parce que », l’enfant ajoute souvent un pronom qui est, pour l’enfant, le pivot de la complexité.

 

On ne dit pas de mots mais des phrases, il faut donc développer la syntaxe en même temps que le lexique ; l’extension du lexique est dépendant du développement de la syntaxe.

 

Il faut donc favoriser la complexification de l’oral et travailler conjointement les deux modalités (langue orale et langue écrite) pour familiariser les enfants avec la structure de l’écrit.

 

Le lexique est l’arbre qui cache la forêt de l’acquisition des compétences langagières. Le vrai moteur, c’est la syntaxe :

 

  • les pronoms qui permettent la conjugaison (i puis i, è qui différencie le féminin, puis iz èz qui codent le pluriel, puis je/tu, puis « on » qui donne une première personne du pluriel avant de devenir un indéfini, puis le nous et le vous qui sont compris avant d’être utilisés ; c’est la dynamique de l’écrit qui va aider les enfants à les utiliser.

 

  • les prépositions qui génèrent du lexique et de la complexité

 

  • la conjugaison qui code la temporalité

 

  • les connecteurs qui introduisent à la complexité et marquent le temps, le but, la cause….

 

L’explosion lexicale des 3 ans est liée à l’irruption des pronoms.

La dynamique de l’oral rend impossible pour les jeunes enfants de penser la phrase avant de la dire, ce qui explique les réitérations (moi j’veux dire que, quand on va aller chez les correspondants, j’vais pouvoir faire du vélo, parcequ’è m’dit sur la bande qu’è va m’prêter le sien, ma correspondante.)

La langue orale n’est pas plus simple que la langue écrite, elle est en général plus complexe avec des enchâssements, des reprises qui doivent s’ajuster dans le rythme de la langue orale.

 

  1. Les marques temporelles

Le développement de l’enfant passe par l’infinitif puis un système à trois temps : un présent qui sert à tout puis un vrai présent avec un futur avec aller et un passé composé puis ensuite un système à neuf temps : imparfait, futur et futur antérieur.

 

Pour analyser le langage d’un enfant, il faut analyser où il en est des pronoms, de la complexité et de la conjugaison dans sa production spontanée.

 

  1. La phonologie

Il ne s’agit pas de la conscience phonologique (capacité d’analyse des sons de la langue) mais de phonologie, donc de la capacité à prononcer un français standard du point de vue phonologique.

 

Comment ?

 

  1. Favoriser la quantité des prises de parole chez les petits parleurs

 

  • Les situations inductrices de prise de parole

 

Priorité : les réitérations (pour retenir un mot nouveau, un enfant doit pouvoir le dire 12 fois en 3 semaines P. Bryant). Comment réitérer sans ennuyer, appauvrir, comment structurer ? Penser les outils et les situations.

 

Il faut privilégier les situations qui mettent en appétit de parler : des situations qui intriguent, les problèmes, les évènements (drôles, tragiques, rituels….), l’insolite, les jeux et les sujets qui les mobilisent : la nourriture, les animaux, la fête.

 

Il est important de ne pas modifier très souvent les formats, de laisser les enfants s’installer dans les situations et de penser les temps de structuration.

Voir à ce sujet ce que dit Bruner de la construction du lange dans le contexte mère/enfant où les situations sont récurrentes, ritualisées, avec un référent que l’enfant s’approprie totalement ; c’est dans ces situations où il n’y a rien de nouveau du point de vue de la situation que se font les apprentissages.

S’il s’agit de parler sur un album, il faut plusieurs lectures pour laisser à l’enfant le temps de se l’approprier.

Il faut laisser à l’enfant le temps d’accommoder la situation avant de lui demander de parler.

 

  • La taille des groupes

 

Priorité : des petits groupes organisés quotidiennement qui sont les meilleurs outils de prévention. Cf. Eric Morin « Les nouvelles politiques scolaires »

 

Il faut pouvoir, avec les moyens existants faire fonctionner quotidiennement des petits groupes de langage de 4, 5 ou 6 élèves avec un adulte compétent pour enseigner la langue orale. Il faut multiplier les occasions pour chaque enfant de s’exprimer (au moins 5 minutes par jour avec un adulte), en privilégiant les enfants les moins compétents avec le maître.

 

Voir les travaux d’Agnès Florin qui montrent que pour favoriser le développement de la quantité de prise de parole chez les enfants petits parleurs, le meilleur modèle est le groupe homogène. Dans ces conditions, les enfants progressent car dans un groupe où les compétences sont différentes la dynamique naturelle pousse les enfants les moins compétents à laisser les plus compétents prendre la place pour exprimer ce qu’ils pourraient dire car la recherche de l’efficacité commande cette organisation (idem pour tous les travaux de groupe où les moins compétents sont relégués à des tâches d’exécution).

De même le très grand groupe ne permet pas aux enfants les moins habiles de parler (1/4 à 1/3 des enfants ne parlent jamais sur les 3 ans d’école maternelle).

Les groupes de petits parleurs sont les plus efficaces pour faire progresser ces enfants.

 

  • Les relances de l’adulte

 

1) « Qu’est que tu as mangé ? qu’est que tu as fait après ? »

2) « Ah oui…. » « et alors… » « c’est vrai ? …. » « non ?... »

On privilégiera des questions les plus ouvertes possibles en considérant l’enfant comme un interlocuteur à part entière. Ces gestes professionnels sont essentiels pour engager l’enfant dans une véritable pratique langagière.

 

 

L’évaluation du lexique

parait quelque chose d’interminable si on veut prendre en compte l’étendue du lexique. Pour simplifier cette évaluation, on peut chercher dans un domaine donné (la cuisine, la maison, les animaux…) dans une situation de langage les mots de base dont l’enfant doit disposer (dans le vocabulaire fondamental qui constitue 98% des énoncés de la langue française, P. Boisseau distingue 3 niveaux, le premier avec 750 mots la base du fondamental, le second avec 1500 mots vers 4/5 ans et enfin le lexique fondamental avec 2500 mots).

Un niveau obtenu dans un domaine renvoie à ce niveau dans l’ensemble des domaines car en général tout progresse de front. Le niveau 1 constitue l’objectif de la PS, le niveau 2 celui de la MS et le niveau 3 celui de la GS. Si l’enfant utilise dans cette situation d’évaluation des mots de niveau 3, c’est qu’il a construit les deux précédents et qu’il est en train de construire le niveau 3.

 

Pour cette évaluation, il s’agit de le faire parler dans une situation familière avec le plus de relance possible ce qui permet d’évaluer son niveau en phonologie, en syntaxe et en lexique.

 

  1. Rendre possible le développement de la qualité

 

Les reformulations (cf. Lentin)

Ce n’est pas une correction mais un étayage qui consiste à proposer à l’enfant une reformulation au plus près de la production de l’enfant (« cassé voiture » « ah, oui, elle est cassée la voiture ! »

Dès que l’enfant commence à parler, les interventions de l’adulte ont deux grandes fonctions :

  • converser pour faire (se parler pour réguler l’action, l’apport de l’adulte est nouveau par rapport à la proposition de l’enfant)

  • reformuler de façon immédiate pour reprendre au plus près le langage de l’enfant afin d’apporter une formulation proche de la sienne, plus construite, pertinente compte tenu de ce qu’on sait du développement du langage, en faisant des choix sur le progrès possible de l’enfant.

Il s’agit de mettre en place à l’école une accélération du processus naturel d’apprentissage en organisant les situations, les prises de parole, les supports les plus adaptés.

 

 

Avec quels outils ?

 

  1. Les albums échos

 

A partir de photos prise pendant les séances d’éducation physique ou lors d’un évènement particulier, deux ou trois fois dans l’année pour chacun.

 

Les photos sont présentées à l’enfant (entre 10 et 15). On note les photos sur lesquelles il va d’abord accentuer son regard et on va les sélectionner. Elles seront la base de l’atelier. On fait parler l’enfant sur ces photos sélectionnées en tentant de lui faire produire un petit récit. Le maître note la réalité de ce que dit l’enfant dans ses notes personnelles.

 

Il peut d’emblée commencer à reformuler ; ce qui va servir de point de départ, c’est l’enregistrement audio ou la prise de note de ce que l’enfant a dit.

 

On garde en mémoire les photos inductrices et les prises de parole de l’enfant. Avec cela, à tête reposée, on essaie pour cet enfant là de faire son album (un album par enfant ; une photo par page)

 

L’enseignant va dire à l’enfant, en lui présentant son album, le texte reformulé avec l’objectif retenu, du point de vue de la syntaxe, du lexique. Ce texte reformulé est noté en mémoire. On prend le temps de redire à l’enfant l’album écho autant de fois qu’il le faut (parfois 6 ou 7) pour qu’il puisse commencer à le redire lui-même avec les formulations proposées.

 

Si l’objectif est l’acquisition du « je », l’album du « moi je » est une bonne solution. Il s’agit d’un album avec 7 photos de l’enfant et 7 photos de l’adulte qui se font face sur chaque double page de l’album. Au début, l’adulte masque les pages concernant l’enfant et présente ses propres pages avec le « moi, je », puis il demande à l’enfant ce qu’il fait lui et reformule avec « toi, tu ». Lorsque l’émergence du « moi, je » est imminente, l’adulte le propose à l’enfant. Lorsque l’enfant a compris, on peut lui demander de jouer le rôle de la maîtresse.

Le « moi, je » n’arrive que lorsque l’enfant identifie les personnes dans son propre langage

Le progrès dans le domaine de la syntaxe est générateur de progrès dans tous les autres domaines.

 

 

  1. Les albums en syntaxe adaptée

Ils proposent un vocabulaire important dans un cadre syntaxique oral à la portée des enfants.

Ils ne sont pas à utiliser comme des albums ordinaires, mais comme des documents de l’oral.

 

Les oralbums :

Collection éditée par les éditeurs RETZ et dirigée par Boisseau avec la collaboration d’André Ouzoulias .

 

L’oralbum est un album écrit en syntaxe adaptée répondant à des objectifs syntaxiques et lexicaux d’acquisition du langage.

Les Oralbums proposent des textes de l’oral, comme ceux que disent les conteurs, mais adaptés à chaque âge (PS/MS/GS).

 

  1. Les imagiers

 

Deux objectifs :

  • Acquérir et développer le lexique (noms, adjectifs, quelques verbes)

  • Développer l’articulation des consonnes, travailler sur la phonologie.

 

 

Bibliographie ; sites à consulter

 

→ Voir les travaux de P. Boisseau

« Enseigner la langue orale en maternelle » Boisseau Retz

→ Pédagogie du langage chez les 3 ans, les 4 ans, les 5 ans, CRDP ROUEN

 

→ Le site LEM Soissons

http://www.ac-amiens.fr/inspections/02/ressources/lem/

Travaux d’un groupe de recherches - actions effectués avec le Centre de

Ressources pour l’Education Prioritaire (CAREP) - Rectorat d’Amiens et M. Philippe

Boisseau

Les outils que l’on trouve sur ce site (explicitations, fiches pédagogiques...)

Utilisation de la syntaxe adaptée / Situations pour l’acquisition des compétences en

langage oral (SACLO)

Dispositifs d’école /Albums échos /Oralbums /Création et utilisation d’imagiers /Évaluation

etc.